Conseils de lecture

Madame Hemingway

Le Livre de Poche

par
14 janvier 2013

D’aucuns disent qu’il y a toujours une femme derrière un grand homme. Pour Ernest Hemingway, la première d’entre elles, c’est Hadley. La première, oui, car il y en eut d’autres, même si Hadley Richardson fut la première épouse. Nous sommes en 1920, c’est l’époque des Roaring Twenties où le jazz et la prohibition contournée marquent une sortie de guerre sous les couleurs de l’euphorie et de l’insouciance. « Prenons une bonne cuite. / D’accord. Ça, on a toujours su faire. » (p. 413)

Dans ce roman, c’est Hadley qui prend la parole et qui raconte sa rencontre avec celui qui n’était tout d’abord qu’un journaliste enragé d’écriture et prêt à tout pour apprendre à devenir un écrivain. « Qu’avez-vous l’intention de faire ? / Entrer dans l’histoire de la littérature, je pense. » (p. 25) Outre cette rage de percer dans le monde des lettres, le jeune Ernest porte en lui le traumatisant souvenir de la guerre et des blessures qu’il a reçues. Tous ses démons sont déjà là, tapis derrière l’appétit d’écrire. Le mariage d’Hadley et d’Ernest est rapide et c’est tout aussi vite que le couple part à Paris. Aux dires de certains, il n’y a que là que l’on peut écrire, vraiment écrire.

Hadley comprend vite qu’elle ne peut et ne doit pas rivaliser avec l’écriture si elle veut garder son mari. Elle se fait son soutien le plus fidèle et le plus solide, alors même qu’elle dépérit dans cette ville étrangère, solitaire parmi la foule. Elle doit sans cesse composer avec les humeurs de son époux qui désespère de voir ses nouvelles publiées. Mais Ernest est un être sensible et attentif : entre deux humeurs, il fait tout pour combler son épouse et se sortir de son marasme intime. « Ce que j’ai compris, moi, c’est que si je m’occupais de ma femme – c'est-à-dire de toi – je me soucierais moins de moi-même. Mais peut-être que ça marche dans les deux sens. » (p. 112) Hadley et Ernest s’affrontent souvent, mais tiennent bon. Jusqu’à ce que la vérité éclate : il est notoire qu’Ernest avait un grand appétit pour les femmes, même si le remords accompagnait souvent ses incartades. « Les gens ne s’appartiennent qu’aussi longtemps qu’ils y croient l’un et l’autre. Il a cessé d’y croire. » (p. 468)

Dans ce Paris des années 1920, Hadley nous donne à voir Ezra Pound, James Joyce ou Gertrude Stein dans les cafés de Montparnasse et de la Rive Gauche. C’est tout un Paris mythique qui surgit sous la plume de Paula Mclain et c’est bien ce qui m’a le plus intéressée. Suivre l’éclosion de l’Hemingway écrivain est fascinant : on voit l’obscur journaliste qui court après les sujets et l’auteur en devenir qui gratte des pages pendant des nuits entières. Et quand vient enfin la reconnaissance, on peut se demander si elle valait tout ça. « Ce fut la fin du combat d’Ernest avec l’apprentissage et la fin d’autres choses également. Il ne serait plus jamais inconnu. Mais nous ne serions plus jamais aussi heureux. » (p. 309) À voir la fascination d’Hemingway pour la tauromachie, on ne peut s’empêcher de penser que l’écriture est une corrida et que l’auteur n’est peut-être pas le torero.

Par certains aspects, ce roman m’a rappelé Alabama song de Gilles Leroy, ce récit où l’on suit les déboires conjugaux et artistiques du couple Fitzgerald. On croise d’ailleurs Francis et Zelda dans les pages de ce récit. Le roman de Paula McLain est fondé sur un artifice, à savoir faire parler la femme cachée derrière l’homme. Mais créer un personnage à partir d’une personne réelle tout en soutenant l’illusion de la réalité, ça prend difficilement avec moi. Nul doute que l’auteure connaît son sujet et qu’elle s’est documentée avant de donner la parole à Hadley, mais il me manque de véritables interventions de cette épouse trimballée dans toute l’Europe. Des lettres ou des extraits de journaux auraient très largement contribué à renforcer la longue confidence de cette femme qui, finalement, reste bien impalpable malgré la volonté de Paula McLain de la sortir de l’ombre.

Le titre original est The Paris Wife et je trouve qu’il correspond beaucoup mieux au roman. Peut-être que cette expression ne fait pas suffisamment sens pour les lecteurs francophones, mais le destin d’épouse d’Hadley est liée à Paris et il est dommage que le titre français occulte cette facette du personnage. Madame Hemingway est un beau roman sur l’amour et l’abnégation conjugale. Il m’a donné envie, plus que jamais, de découvrir les œuvres d’Hemingway qui me manquent.


Le gouverneur d'Antipodia
5,60
par (Libraire)
9 janvier 2013

Un huis-clos sur une île perdue, deux hommes que l'isolement et les idées noires à ressasser vont lentement faire glisser dans la folie. La bonne entente et l'ordre des premiers jours se délite, l'un souffre physiquement, l'autre moralement et l'on devine que la situation tend inexorablement vers le pire.
La montée dramatique s'accompagne d'une description hallucinée de la nature pour donner corps à un roman intense, original et sombre.


Le tireur

Swarthout Glen

Éditions Gallmeister

par (Libraire)
7 janvier 2013

1901. Les derniers jours de J.B. Books sont aussi ceux d'une certaine idée du grand Ouest américain. Se sachant condamné par un mal qui n'est pas à la hauteur de son existence sur le fil, le tueur se prépare une sortie à la mesure de sa réputation...

Un western atypique et d'une grande intelligence, sombre, d'une précision clinique dans la douleur des corps et des sentiments.


[Tome 1], L'autobiographie de Mark Twain - Une histoire américaine
29,95
par (Libraire)
16 décembre 2012

Il faut savoir, en ouvrant ce monument de 800 pages, que la principale règle de Mark Twain est de n'en avoir aucune. Aussi bien dans la vie qu'il a menée que dans la construction de cette remarquable autobiographie. Inutile de rechercher une quelconque chronologie dans son récit, on navigue de billets d'humeur en anecdotes édifiantes, sans réel rapport les uns avec les autres, ce qui donne un texte décousu (et il faut bien le dire, assez difficile à suivre) mais incroyablement vivant et moderne. On découvre avec plaisir les origines des personnages de ses romans ("Tom Sawyer", "N°44"...), le milieu de l'édition de l'époque, sa vie de famille... Se dessine alors un portrait d'une société américaine au tournant du XXème siècle, qui a posé les bases du monde actuel, passionant et inédit.
Mais c'est surtout Mark Twain lui-même qui se révèle : méchamment drôle, gentiment escroc, incorrigible menteur, humaniste dans l'âme et surtout en avance sur son temps, jamais l'auteur d'"Huckleberry Finn" n'aura été si attachant, ce qui relevait du challenge en soi.


Deuxième partie, OKKO T08 LE CYCLE DE FEU 2/2

Deuxième partie

Delcourt

15,50
par (Libraire)
15 décembre 2012

12ème siècle au Japon : Okko, le rônin, accompagné de son hétéroclite troupe va tenter de sauver son honneur et celui de ses compagnons en essayant de découvrir pourquoi le mariage qui devait unir deux grandes familles (pacifiant l’Empire du même coup) a été saboté.
Mélangeant avec brio différents éléments : histoire japonaise classique, apparitions des fantastiques Kamis (esprits de la nature), architecture traditionnelle, beauté des décors et un équipage improbable, Hub (Humbert Chabuel) nous fait encore vivre un merveilleux voyage dans le 8° tome de ce palpitant polar médiéval.
Chaque histoire se décompose en 2 tomes, à ce jour 4 histoires.