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Adèle et moi
15 mai 2013

La mer en héritage

Lorsqu'il y a du vent, les vagues mesurent plusieurs mètres de haut, et lorsqu'elles atteignent le premier étage des maisons les plus proches du rivage, cela ne dure que quelques instants. Ce sont ces instants qui ouvrent le livre, fondateurs car, imagine la narratrice, c'est précisément à ce moment-là que son arrière grand-mère eut le coup de foudre pour Saint-Pair, villégiature familiale sur la côte normande.

À l'origine, il y a un secret de famille, découvert par Julie Wolkenstein à la mort de son père. Mais elle est surtout fascinée par le destin d'une arrière grand-mère méconnue avec qui elle se trouve d'étranges affinités: une forme d'indépendance, un sentiment d'illégitimité au sein de sa propre famille, des insomnies, et surtout la passion de Saint Pair.

L'auteur écrit la chronique d'une enquête, mettant en perspective la vie d'Adèle et la sienne deux siècles plus tard, interrogeant la mémoire et la transmission. Le livre devient une saga familiale, commence à la fin du XIXe siècle à la naissance d'Adèle pour se terminer de nos jours auprès de son arrière petite fille qui, comme son aïeule, puise son inspiration et ses forces au sein de la maison de famille.

Mais l'histoire a des angles morts, l'impossibilité de la restituer incite à inventer. Les pistes se brouillent, ce que l'on croit vécu ne l'est pas, ce qui paraît fictif sonne profondément juste. Si les personnages ont existé, leur incarnation est imaginaire, et ils finissent par nous hanter. Le romanesque l'emporte sur l'autofiction. Avec Adèle, nous traversons le temps, admirons le courage et l'obstination d'une femme qui s'est mariée par amour, a connu des guerres, des deuils, des chagrins et des joies ; d'une mère qui s'ennuyait lors des goûters d'enfants et qui, des années plus tard, mettra la même détermination à retrouver les membres épars du cadavre de son fils qu'elle en avait à rechercher dans la pile de déguisements, les vêtement égarés pendant les anniversaires.

Nous la quittons sur des extraits de son " faux " journal, lorsque sage et vieillie, elle évoque sa vie à travers les chambres où elle a dormi. Entre celles de La Saigue et de La Croix Saint-Gaud., les deux maisons miroirs de Saint Pair, il y a la pièce dans laquelle Julie Wolkenstein termine ces pages, devant la plage déserte, et immuable, balayée par le vent et les vagues déchainées qui avaient effrayé Adèle autant qu'irrémédiablement attiré. Vagues obsédantes et envoûtantes. Comme la chanson d'Adèle _Sur le pont du nord_, refrain lancinant d'un destin à la fois heureux et tragique. Mais, " Que disait le bulletin météo à sa descente du train : " ah oui, une impression de soleil l'emportera. "

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Je veux pas aller à l'école
14 mai 2013

Allez, hop ! à l'école

C’est un livre à acheter quelques semaines avant l’entrée en maternelle de votre enfant, car c’est ce dont il est question dans ce nouvel album du célèbre petit lapin Simon.

C’est la veille de la rentrée en maternelle, et Simon ne veut PAS aller à l’école. Son papa et sa maman tentent de le rassurer jusqu’à la grille de l’école le matin du jour J mais sans grand succès. Sa première journée se passe finalement à merveille et il est presque déçu de quitter l’école lorsque sa maman vient le chercher à 16h30.

C’est un livre tendre et plein de charme qui permettra d’appréhender les peurs liées à ce passage important dans la vie d’un enfant.

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Les joueurs

Éditions de L'Olivier

19,50
10 mai 2013

Jouer son amour au casino

C’est un des auteurs américains les plus doués de sa génération. Comme Jonathan Franzen ou Jeffrey Eugenides, entre parenthèses tous deux traduits comme lui chez L’Olivier, il sait ausculter tout un pays à travers une histoire privée, mais Stewart O’Nan possède ce talent si particulier de l’ellipse, de la suggestion, un humour bien à lui, une empathie avec ses personnages et un don pour écrire sur plus âgé que lui. Au cœur de son travail : la vie désertique des femmes de la middle-class.

Marion a épousé Art qui était amoureux d’elle. Ils étaient jeunes, ils ont eu deux enfants, un garçon et une fille. Marion a voulu une belle maison et Art a travaillé dur pour la lui payer. Puis Art a trompé Marion avec Wendy et Marion s’est battue pour garder son mari, mais ensuite elle n’a plus vraiment su quoi faire de lui. Vingt ans après, il tente toujours de se faire pardonner cet adultère honteux, alors que le souvenir de Wendy, secrètement, le poursuit. Et puis les enfants sont partis vivre leur vie, la crise de 2008 est arrivée, Art a été licencié, Marion aussi, et maintenant il va falloir vendre la belle maison. Ils doivent même divorcer pour tenter de sauver les meubles. Alors les voilà en voyage au Canada, pour jouer au Casino et tenter de se refaire. Les chutes du Niagara, ils y étaient venus quand ils étaient jeunes.

Drôle de week-end, raté parce que glacial, où chacun réfléchit dans son coin à leur vie de couple et leur jeunesse perdue. S’aiment-ils ? Sûrement, mais ils ne savent plus comment se le dire. Marion se raidit dès qu’Art s’approche. Il a l’impression d’avoir toujours tout raté. Derrière eux, une certaine Amérique, si confiante dans les années soixante et soixante-dix, qui se réveille avec la gueule de bois.

Ce livre est dans la droite ligne des précédents ouvrages de Stewart O’Nan, presque tous disponibles en poche aujourd’hui. Toujours de merveilleux textes où la subtilité des sentiments est auscultée avec bienveillance par l’auteur, qui ne nous raconte jamais entièrement la vie de ses personnages, en ménageant des zones d’ombre, ce qui lui évite de tomber dans la démonstration, l’explicatif, la surcharge. Dans " Emily " (2012), il se faufilait dans la peau d’une veille dame, qui vivait toute seule dans un lotissement. On se souvient aussi de " Chanson pour l’absente " (2010), qui décrivait avec justesse la vie d’une bande de jeunes coincés dans une banlieue verte et ennuyeuse, et le huis clos de " Les joueurs " n’est pas sans rappeler " Nos plus beaux souvenirs " (2005), quand une mère âgée réunissait pour un week-end ses enfants et petits-enfants dans le cottage familial, juste avant qu’il ne soit mis en vente. Toujours, O’Nan, décrit la fin d’un monde, celui du mythe américain, la vacuité de la vie bourgeoise, la tristesse des couples. Mais il le fait sans aigreur, laissant une chance à ses personnages.

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Purgatoire des innocents
20,00
8 mai 2013

Bourreaux et victimes

Âmes sensibles s’abstenir ! Le nouveau thriller de Karine Giébel est sanglant, étouffant, oppressant. Il n’est donc pas fait pour les admirateurs d'Agatha Christie et autres polars délicats, mais plutôt pour les amateurs de romans très noirs, pour tous ceux qui veulent trembler en tournant les pages. On vous aura prévenu ! Un casse place Vendôme tourne mal. Une passante meurt, un policier reçoit une balle. Un des malfrats, William, le jeune frère de Raphaël, le chef de bande, est lui-aussi grièvement blessé. Il faut s’enfuir, vite, trouver une planque, la plus isolée qui soit, et un médecin. Essayer de se faire oublier malgré les trois millions de bijoux dérobés. Une vétérinaire sera choisie au hasard et sa maison réquisitionnée. Impossible d’en raconter davantage : sachez seulement que rien ne se passera comme vous ne l’imaginez. Entre deux scènes terribles, Karine Giébel réussit pourtant à nous parler des liens qui unissent les protagonistes : fraternel pour les uns, équivoque pour les autres. C’est d’ailleurs l’une des qualités de ce livre : l’auteure ne perd jamais de vue l’humanité de ses personnages, même les plus ignobles. Si elle ne les excuse jamais, elle tâche, à sa manière, de nous faire comprendre comment ils en sont arrivés là. On sort de ce roman exsangue, fourbu, avec la furieuse envie de s'extirper de ce huis-clos, d’aller prendre l’air. Tout en sachant que ce " Purgatoire des Innocents "_ _ne nous lâchera pas de sitôt…

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Le temps, le temps

Christian Bourgois

18,00
7 mai 2013

Le temps n'existe pas

Comment appréhender le temps ? D’ailleurs existe-t-il ? Seule la transformation des êtres, des lieux prouve son existence mais à supposer que l’on gomme toute modification qu’adviendrait-il du temps ? C’est à cette spéculation intellectuelle que nous invite Martin Suter dans son dernier roman aussi ingénieux que déroutant.

Peter Taler, comptable d’une quarantaine d’années, mène une existence terne depuis l’assassinat de son épouse un an plus tôt, abattue au pied de son immeuble. L’enquête n’a rien donné et le coupable court toujours. Sa seule distraction, siroter une bière en fin de journée à son balcon. Or, ce jour -là une impression étrange s’empare de lui. Quelque chose s'est modifié, mais quoi ? Il serait bien incapable de le dire, les maisons, les jardins du voisinage semblent inchangés. Pourtant, le sentiment d’étrangeté ne le quitte pas. En face de chez lui, il y a cet homme curieux qui l’observe en jardinant et le photographie. Lorsqu’il lui rend visite, Taler découvre un homme singulier et déprimé. Knupp est âgé, veuf depuis une vingtaine d’années et vit dans le souvenir de sa femme. Il n’a touché à rien depuis la disparition de Martha. Le vieil homme lui fait part de sa théorie. « Le temps n’existe pas. Seul indice du passage du temps, la modification. En supprimant la modification, on efface le temps. »  Knupp va entraîner son voisin dans une folle entreprise : recréer à l’identique une journée, vingt ans plus tôt juste avant la disparition de Martha. Les choses redeviendront telles qu’elles étaient alors et Knupp en est certain, il retrouvera sa femme. Bien que désarçonné par le projet, Taler accepte d’y participer. Les deux hommes développent des trésors d’ingéniosité et dépensent des fortunes pour reconstituer la petite ruelle telle qu’elle était ce 11 octobre 1991. Et lorsque le jour fatidique arrive….

Martin Suter bâtit ici une intrigue invraisemblable dans laquelle on se laisse prendre avec délice.  La rigueur du style, le déroulement sans faille du récit font qu’à l’instar de Taler on finit par y croire. Et si c’était vrai ? « Le temps, le temps » est un livre réjouissant.

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