Nathalie M.

Coupe sombre

Peer, Oscar

Zoé

8,50
par (Libraire)
13 juillet 2020

Le lieu

Simon sort de prison, celle où il a été envoyé après qu'il ait tué son voisin dans un accident de chasse.
Il retourne là où il a toujours vécu, même s'il n'a plus de maison, vendue.
Certains le reçoivent dignement, d'autres le calomnient, comme avant le jugement, même après avoir purgé sa peine.
Peut-être aurait-ce été plus facile de recommencer ailleurs mais à plus de soixante ans, Simon ne se sent que d'un seul lieu.
Alors il se débrouille, bricole le moulin, pas loin de sa maison d'avant, pour y vivre et trouve des petits boulots.
Il aime bien Véra, la femme de l'ingénieur qui a acheté la maison où il vivait naguère et le petit Otto, gamin solitaire.
Il s'engage à couper le bois et se retrouve à travailler seul de l'exiger, de ne plus supporter les autres ou de vouloir se prouver quelque chose, ce dans la partie la plus âpre de la montagne.
Là, il affronte la nature et va aux limites de lui-même surtout.
Court roman, Coupe sombre laisse se déployer l'inéluctable dans un récit au plus près de l'action, au plus près de Simon qui ne fait qu'aller vers son destin.

Ör
par (Libraire)
5 juillet 2020

Partir vers soi, et les autres

Jonas, quarante neuf ans, vit seul.
Pourtant, dans sa vie trois Gudrun, sa mère, son ex-femme, sa fille.
Toutes trois peuvent compter sur lui à tout moment, d'être un bricoleur hors pair, de toujours se plier à leurs demandes naturellement, jusqu'à ce que son ex-épouse lui confie une information qui l'ébranle totalement.
Jonas ne sait plus qui il est, quel sens donner à sa vie.
Il veut en finir avec la vie mais pas n'importe comment.
Pour que ce ne soit pas sa fille qui découvre son corps, il décide departir mourir à l'étranger dans un pays détruit par la guerre, où un corps supplémentaire ne choquera personne.
On suit Jonas dans ses réflexions et pérégrinations, avec les mêmes questionnements que ceux qui le traversent.
Ils ont trait au sens de la vie, à la place qu'on a ou gagne d'être né, et de ce à quoi on peut s'employer d'être au monde de toute façon.
Ce roman est d'une grande finesse. Il aborde le sens de la vie avec délicatesse et ingéniosité, en en posant les fondements pierre après pierre, patiemment.

Intérieur nord
par (Libraire)
28 juin 2020

Dans le mille

C'est un recueil de quatre nouvelles. Elles disent des êtres seuls face à leur vie qui bascule brusquement.
Chacune des histoires prend à la gorge, serre l'estomac.
On avance peu à peu dans chaque récit en se disant dans un premier temps "pour l'instant, ça va".
Et puis, au détour de quelques mots, à la phrase qui se profile autrement, on sent venir le point de bascule, là, sous les yeux.
Pourtant, la lecture continue, avidement, jusqu'au bout du récit.
Impossible de faire autrement.
Ce peut donc bien être ça, la vie, les vies. On lit, happés, comme trouver confirmation de nos intuitions profondes.
Les vies s'écoulent plus ou moins paisiblement, et puis tout à coup, elles basculent vers ce qu'on n'imaginait même pas.
Marcus Malte, du format court, nous place tout de suite au coeur du sujet, nous emmenant dans l'histoire en cours, puissamment.
On pourrait être ébaubi si ce n'est horrifié de ce qu'on découvre au fil de lire, mais étrangement, on avance en confiance de celui qui écrit beau, les vies qui vont comme elles peuvent.

A la ligne, Feuillets d'usine

Feuillets d'usine

La Table Ronde

18,00
par (Libraire)
26 juin 2020

À la ligne, en pointant, sans ponctuation.

C'est bien écrit, c'est sûr. Joseph Ponthus, dans cet ouvrage, parle des boulots d'ouvrier intérimaire. Il dit les appels de dernière minute, les cadences, les trajets, la dureté des emplois, les horaires décalés, les collègues avec lesquels il n'a pas le temps de sympathiser, bien que règne souvent un brin de solidarité comme une nécessité, une évidence, des circonstances.
Il parle de la conserverie de poissons et des abattoirs. On passe des tonnes de poissons et de crustacés à conditionner, à l'abattoir avec le sang à nettoyer, les carcasses à déplacer, tout ce que ça dit de notre société qui n'est jamais à satiété.
Sûr, c'est bien écrit. Les heures passées à trimer, on les sent par le corps décrit dans la fatigue, dans les douleurs, dans les dérèglements des horaires décalés. On les sent aussi dans l'esprit qui cherche à échapper, à analyser, à disséquer, à traduire tout ce qui paraît absurde, injuste et triste.
C'est un ouvrage qui dit le travail précaire aujourd'hui, qui ne va qu'au rythme imposé et assumé des entreprises, qui se nourrissent, qui engloutissent les forces de travail, pour le profit, pour les actionnaires.
Joseph Ponthus dit aussi combien la littérature est un refuge, combien elle sauve. Là, je suis d'accord.

Le sort tomba sur le plus jeune / roman

Blandinières, Sophie

Flammarion

15,00
par (Libraire)
25 juin 2020

Uppercut

C'est un premier roman. Époustouflant.
L'inceste, la pédophilie ; ce que c'est, ce que ça fait, se déploie maléfique, magnifiquement écrit par l'auteure qui sait, dit tel que c'est, même si c'est un roman. Pas de fioritures, pas d'abus de langage, pas de tentatives d'excuses, pour personne. Pas d'acceptation possible. On lit et c'est consentir à voir et savoir les êtres et les faits, seulement ça. Faits qui sont posés, destructeurs, cachés mais sus pourtant. Sus de ceux qui font, sus de ceux qui subissent comprenant tout de suite ou plus tard ce qu'ils subissent, irrémédiablement marqués, perturbés ou bousillés dans leur devenir.
D'ailleurs qui deviennent-ils, chacun ?
C'est au travers d'une enquête journalistique impliquant un soixantenaire et une enfant de onze ans, persuadée d'aimer cet homme, que la narratrice parle de tous les enfants qui ont subi ou subissent l'inceste ou la pédophilie.