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Féerie générale  ( prix médicis 2012 )

Pireyre, Emmanuelle

Éditions de L'Olivier

19,00
6 avril 2013

Féerie loufoque

Lauréate du dernier Prix Médicis pour " Féerie générale ", Emmanuelle Pireyre déclarait peu après sa nomination : « Je viens de la poésie et inventer des formes ne me fait pas peur_._ » Il suffit, pour s’en convaincre, de feuilleter cet objet étrange et hybride qui tient  bien plus de la performance artistique que du roman dans sa définition classique. Ce texte raconte pourtant des histoires, succession de sept contes modernes dont les héros évoluent dans un monde surconnecté et anxiogène. Il y a d’abord Roxane, qui délaisse ses cours de finance pour se consacrer à la peinture équestre, puis cette jeune musulmane résolue à ne pas imposer de limites à ses rêves, cet étudiant suédois qui aime la France « pour ses centres historiques et ses filles faciles » et ces artistes contemporains qui organisent des happenings pour réchauffer le luxe glacé de leur loft new-yorkais. La fiction devient le reflet d’une réalité qui n’a rien de futuriste, elle interroge sur les modes de consommation actuels et le sens à donner à sa propre existence. Si les questions faisant office de titres de chapitres semblent a priori totalement loufoques (« Comment laisser flotter les fillettes ? », « Comment faire le lit de l’homme non schizoïde et non aliéné ? », « Friedrich Nietzsche est-il halal ? _" _), les développements, à la fois ludiques et savants renferment des interrogations bien actuelles et légitimes telles les perspectives écologiques pour notre planète, la remise en cause de la cellule familiale, la toute- puissance de la finance, le regard porté sur l’Islam et l’utilisation massive du cliché dans le langage écrit et oral. C’est effectivement contre toute forme de clichés et de lieux communs qu’Emmanuelle Pireyre part en croisade dans cet ouvrage mêlant oralité et tournures anciennes, récit traditionnel et langage texto, photographies et ébauches de courriels, le tout se succédant dans un joyeux désordre qui n’est pas sans nous rappeler notre quotidien et la façon parfois absurde dont la société contemporaine fonctionne.

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Le rabbin congelé

Steve Stern

Autrement

23,00
5 avril 2013

Odysée d'un glaçon

C'est l'histoire rocambolesque du saint Rabbi Eliezer ben Zephir, qui, en 1889 fut transformé en glaçon alors qu'au bord d'un lac il était plongé dans une transe mystique, et en émergea en 1999 à Memphis, Tennessee, à la faveur d'une panne de congélateur. Soit près d'un siècle de péripéties entre la Pologne et le Nouveau Monde, à une époque où la conservation de la glace n'était pas une mince affaire. Une fois essoré le rabbin en tout cas se consacra à la conversion de Bernie, l'adolescent qui l'avait exhumé du congélateur défectueux, et par ses prêches exaltés, provoqua un beau désordre dans la ville. Difficile de résumer 500 pages d'aventures hilarantes ! On peut juste s'agacer de la profusion de phrases en yiddish qui obligent le goy à recourir au glossaire. Mais c'est un péché véniel.

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Léon et Louise
22,50
5 avril 2013

Un amour au XXe siècle

Amatrices, amateurs d’histoires romanesques et de famille, « Léon et Louise » est pour  vous.

Léon, le patriarche de la famille Le Gall, est enterré ce jour-là à Notre- Dame.  Alors que l’assemblée attend le célébrant, une petite silhouette nerveuse aux cheveux gris, un foulard lumineux autour du cou, se glisse dans la nef et va déposer  un baiser sur le front du défunt. Avant de s’éclipser, elle retire de son sac une sonnette de vélo qu’elle actionne deux fois. C’est Louise.

Ces deux-là se sont aimés, perdus de vue, retrouvés, éloignés de nouveau pour se rejoindre enfin en dépit des vicissitudes, de deux conflits mondiaux et de leurs existences respectives.

1918, dans un village non loin du Chemin des Dames alors que l’Europe est en feu, Léon et Louise font connaissance. Les deux adolescents se plaisent, partagent une nuit avant qu’un obus ne les sépare pendant une dizaine d’années. 1928, Léon mène une existence sans relief entre son épouse Yvonne, leur fils Michel et son activité au service scientifique de la Police, Quai des Orfèvres lorsque les hasards de la vie le remettent en présence de Louise. Elle est devenue une jeune femme piquante, indépendante et travaille à la Banque de France.  L’intensité de leur histoire n’a pas faibli et ne saurait se satisfaire d’un adultère de 3e zone, aussi le couple choisit-il de se séparer. 12 ans s’écoulent à nouveau avant que Louise ne reprenne contact  en juin 1940. Elle s’est embarquée à bord du croiseur « Victor Schœlcher » pour sauver l’or de la Banque de France et rejoindre Médine. Elle n’a pas oublié Léon et le lui écrit.  Paris sous la botte allemande, les restrictions, le service des étrangers auquel il a été versé, Léon traverse avec les siens ces années délicates jusqu’à la Libération qui réunit les amoureux.

Alex Capus signe ici un ouvrage romanesque mené de main de maître. Fresque  du XXe siècle brossée à grands traits, choix pertinent du détail, son récit s’ancre dans la réalité. Capus entraîne son lecteur dans le sillage de ses héros  dans la Normandie de la Grande Guerre, les années folles et le Paris de l’Occupation : on s’y croirait. Ses personnages sont dessinés avec précision, ont de l’épaisseur et l’histoire d’amour est exempte de toute mièvrerie. « Léon et Louise » est talentueux et réussi.

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Les yeux plus grands que le ventre
20,00
5 avril 2013

mortelle obésité

Attention, ce livre risque de vous dégoûter des pâtisseries ! Des femmes disparaissent mystérieusement dans la Cité Merveilleuse de Rio. Leur point commun :elles sont grosses, très grosses, et gourmandes, très gourmandes. Autre bizarrerie : on retrouve leur corps, horriblement éventré, fourré de l'objet sucré de leur gloutonnerie. La police carioca est perplexe, et se résigne à accepter l'aide d'un ancien inspecteur portugais, révoqué et reconverti dans la gastronomie, et d'une journaliste d'investigation à la beauté affolante. Le tueur en série sera démasqué grâce à l'analyse toute freudienne des pulsions qui expliquent la perversité de ses crimes et de leur mise en scène. Un polar réjouissant, qui fait voyager dans les différents quartiers de Rio et leur population variée, puisque le milieu social des victimes va de la prostituée à la religieuse, toutes égales devant les " bananes meringuées " ou les " fofos à la crème ". On a quelques recettes en sus, au cas où l'appétit reviendrait.

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Les murmurantes, trois nouvelles

trois nouvelles

Seuil

17,00
5 avril 2013

Que doit-on trahir pour rester fidèle?

Il se perd, cet homme, en Inde. Cet homme dont on ne sait rien, sauf qu’il a violemment aimé, voilà des années, une femme nommée Joy Archer. Elle vivait en Inde et il l’avait rencontrée par hasard au cours d’un voyage. S’il n’a rien oublié de leur passion fulgurante, il n’avait plus eu de nouvelles d’elle jusqu’à cette lettre énigmatique qu’elle lui a envoyée il y a peu. Alors il est parti à sa recherche. Mais qui est, au fond, Joy Archer ? Le narrateur se fait enquêteur, archéologue aussi, penché sur les vestiges de leur amour. Ambiance moite, mystères opaques, incertitude et irrésolution, la première nouvelle de ce recueil nous plonge dans ce qui fait l’essence même de l’écriture de François Emmanuel. Une écriture que l’on pourrait qualifier de proustienne si le terme n’avait pas été si galvaudé. L’auteur de " La question humaine "_,_ de " Regarde la vague "  ou encore du_ _" Vent dans la maison " prolonge ici un propos entamé dans des textes précédents, notamment dans " Cheyenn ", paru en 2011 : la disparition. Disparition des êtres aimés que l’on n’a pas assez questionnés et qui nous laissent, pour l’éternité, en proie à nos doutes, nos interrogations, nos remords. Dans la deuxième nouvelle, un homme reçoit un curieux message signé du mari d’une ancienne amante : il le convoque, littéralement, et veut le rencontrer pour parler d’elle, dont on ne saura que la première lettre du prénom, L., elle qui a disparu. La dernière nouvelle est peut-être la plus riche de ce recueil auquel d’ailleurs elle donne son titre. Un grand écrivain de langue espagnole vient de mourir. Dans sa maison au bord de la plage, fermée comme un bunker, s’affrontent sa deuxième épouse, la superficielle et médiatique Maria Tarai, et sa fille Xénia, beauté mystérieuse et intense. Le narrateur se déplace comme une ombre dans les corridors de la maison. Il est le secrétaire du grand écrivain, et à ce titre connait ses secrets les plus intimes. Mais que doit-on trahir pour rester fidèle ? François Emmanuel nous touche au plus profond de nous-mêmes, faisant surgir des images, des émotions, par une phrase qui cherche à être au plus près des sensations, s’éloigne en digressions pour, toujours, trouver le mot juste.

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